Livres

Sylvie Le Bihan
L’île Louis

Bras dessus, bras dessous, un portrait délicat de l’écrivain Louis Guilloux. Au travers d’une fraternité d’écrivains disparus, ses combats, ses secrets et le coup de foudre existentiel avec Camus.

1976. Attachée de presse pour le Booker Prize, Élisabeth Daguin regagne Paris pour assister Bernard Pivot. Se voyant confier la préparation d’une émission sur Camus, elle part à la rencontre des vrais amis, ceux qui ont veillé le corps: René Char, Roger Grenier, Michel Gallimard… et l’inséparable Louis Guilloux. Au contact du Breton franc-tireur, dans les entrelacs de leurs échanges complices, la jeune femme au tempérament bien trempé apprend à faire la paix avec son passé et quelques vérités familiales ombrageuses.

Plongée dans les coulisses d’Apostrophes, balade dans le Tout-Paris des années 1930 (Deux Magots, Flore, Quartier Latin), l’amoureux de littérature est à la fête. Guilloux, lui, n’en a cure. Appartenant à la génération meurtrie par la guerre de 1914, c’est la solidarité et la fraternité chevillées au corps que l’auteur du Sang Noir s’ancre dans les questions existentielles de son époque. Rassemblé avec Camus autour du geste de l’artisan et de l’ouvrier, Louis Guilloux, fils de cordonnier, n’a de cesse d’interroger avec ferveur non ce qu’est la vie mais ce qu’on peut en faire. Et les deux écrivains de se vouer une admiration sans faille.

Dans le jeu de patience par lequel la journaliste et l’humaniste bourru s’apprivoisent, querelles houleuses et blessures mal cicatrisées sont passées au crible de l’amitié. Parmi les secrets couvés par Louis, l’attente d’un homme pour une femme dont il sait qu’elle ne reviendra pas… S’attelant à faire redécouvrir un écrivain de convictions enraciné dans une période où «la littérature n’était pas aux main des comptables», Sylvie Le Bihan croque le portrait délicat et fraternel d’un humaniste de tous les combats… «Louis m’interrompit d’un geste, comme pour balayer mes remarques de journaliste littéraire à deux balles.»

ROMAN
L’ami Louis
de Sylvie Le Bihan
Denoël, 432 p.
Photo © Eric Garault