Samuel Poisson-Quinton
Moujik mustango
Danseur de corde, Samuel Poisson-Quinton tente d’épuiser l’idiome dans un exercice oulipien de haute voltige.
Tandis qu’on enterre son paternel, le narrateur regimbe et se récrie: tout fout le camp! Déjà l’inégalable Gab, ami sans rival, part crapahuter à Rio; quant à W, chienne fidèle, elle joue les filles de l’air. Pour se remettre d’équerre, par l’entremise des petites annonces, notre Roméo cherche à conter fleurette. Artémise de Bretagne, ermite écolo un tantinet farouche, joute avec lui depuis sa cambuse. Enfiévré par sa muse, le flâneur se pique d’écrire un livre! Encouragé par un ancien professeur pousse-au-crime, le fieffé graphomane découvre les vertus du protocole. Ainsi soit-il, trouvant défi à la mesure de ses névroses, le littérateur s’astreint à la semelfactivité: s’interdisant toute répétition de mot, il se condamne avec délice à l’innovation perpétuelle. «Quel liseur assez rusé irait gamberger que derrière la bienséance d’une histoire ordinaire, une incroyable débandade lexicographique a débuté?»
Marchant dans les traces de l’Oulipo cher à Raymond Queneau et Georges Perec, Samuel Poisson-Quinton brode autour de la difficulté de la contrainte, jubile de la besogneuse méthode où niche la délivrance, se lance dans une course folle pour «scribouiller jusqu’à l’illumination». À l’heure où pullulent sur les étals des fascicules prêts à consommer qui sont à la littérature ce que le resto-route Tricatel est à la grande cuisine, l’exercice de haute voltige ne sera pas du goût de tous. L’aberration de l’implacable logique (aucune récurrence de mot) festoie en un banquet de libations où sonorités et harmonie suggestive s’égosillent à toute berzingue. Cravachant le vocabulaire passif, jonglant avec les mots rares, l’histrion éperonne vocabulaire et lecteur «jusqu’au tournis, jusqu’à l’ivresse; on aurait juré que l’existence n’était qu’une fête, sans débâcle, et que la terre tremblait comme dans une chanson de Nougaro.»
Résumons: moustache au rasoir, tournant des phrases et de l’oeil, tombant en amour et en pâmoison, «un jeune auteur, bavard en panoplie, lexique au clapet, paraît avec ses personnages, son décor, son story-board, sa complexité blasphématoire.» Musical, perché, gourmand, Hapax vous ôte un à un les mots de la bouche et vous coupe le sifflet.


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