Livres

Peter Buwalda
Get to Know Your Rabbit

Avec Les fils d’Otmar le surdoué néerlandais Peter Buwalda compose un ouvrage tortueux à l’intelligence effroyable, où le plaisir du verbe le dispute au sadomasochisme.

Dolf, 10 ans, vit avec sa mère, Ulrike Eulenpesch, dame chic et grincheuse. Débarque Otmar Smit, veuf jovial que Dolf se fait un plaisir d’appeler «papa». Chez ce père de substitution, il rencontre ses nouveaux frère et soeur. Tosca, 13 ans, pratique violon et sarcasme avec dextérité, quant à Petit Dolf, le maestrino, son génie l’appelle déjà vers une carrière de pianiste international. Face aux deux prodiges, le fils d’Ulrike est rebaptisé Ludwig pour éviter d’embarrassantes comparaisons.

Vingt ans plus tard, VRP en tremblements de terre, Ludwig démarche les caciques de la Shell pour mesurer les nappes de pétrole à l’aide de chocs sismiques. Coincé à l’aéroport lors d’intempéries, il retrouve Isabelle Orthel, ancienne coloc devenue journaliste d’investigation au Financial Times. Dans un coin perdu de Sibérie, tous deux s’apprêtent à rencontrer Johan Tromp. Isabelle enquête sur le passé trouble au Nigéria et les penchants sexuels du magnat du pétrole, tandis que Ludwig se demande s’il n’aurait pas retrouvé son géniteur…

Peter Buwalda (Bonita Avenue) est assurément l’une des plumes néerlandaises à suivre.  Las, il se gargarise volontiers de ce style virtuose où science du décrochage et de la fausse route finissent par enliser le projet romanesque. Si son pleutre héros est éjaculateur précoce, le conteur pervers joue avec son lecteur comme le chat avec la souris: les dialogues sont des pièces de théâtre, un trajet en Lada fait 50 pages!

Du reste, outre les liens du sang, le sadisme et la question des limites sont la grande affaire de ce thriller sans action. On s’attend à un festin, ce sera Festen mâtiné de Millenium. L’homme qui n’aimait pas les femmes. Un coquetier dans l’anus, une tige en bambou entre les dents, de l’absinthe mélangée à du Dreft vaisselle (on prévient!), Buwalda n’y va pas avec le dos de la cuiller. A la fin, estomaqué, le lecteur réalise qu’il a seulement effleuré la trame des deux tomes à venir. La pilule est dure à avaler, nonobstant la qualité de jeu «d’une beauté inouïe, ce qui excusait tout le reste. Tout.» Pas sûr. Tempête de frustrations et flashback sous les crânes, le surdoué délivre un ouvrage tortueux et mastodontique, où le plaisir le dispute au sadomasochisme.

LIVRES / ROMAN

Les fils d’Otmar (Otmars Zonen)

de Peter Buwalda, Traduit du néerlandais par Emmanuelle Tardif

Actes Sud, 544 p.

Photo © Linda Stulic