Oscar Coop-Phane
Porcherie
Au comptoir, toujours les mêmes gueules. Leur solitude est immense mais leur nombre les rend puissants. Violence, racisme, Ricard, Coop-Phane vise le plexus dans ce faits-divers d’une France qui s’emmerde devant Hanouna.
Au village, quand Patrick et Daniel racontent le vol de la vieille, la Carte bleue disparue, les esprits s’échauffent au comptoir du Balto. Ancien képi SNCF, Joël a vu passer les 49.3 et les cancers des chanteurs. Claude a des manières et une voiture allemande, tout le monde l’écoute. Fred bat sa femme parce qu’il aime ça. Ils sont une quinzaine, leurs peines et leurs aigreurs s’accordent. On trouve vite un coupable : l’Autre, la Casquette, l’Arabe, comme ils disent. On s’est toujours demandé ce que l’esthéticienne pouvait trouver à cet étranger qui traîne toute la journée, gratte peut-être le chômage… On décide de rendre justice : « On est des hommes ou on n’est pas des hommes ? »
Après Rose Nuit, saisissant pot-pourri sur l’exploitation du marché aux fleurs, Oscar Coop-Phane retourne fourrager du côté de la cruauté ordinaire. Ce fait divers dans la France des régions tranche dans le bifteck de vies sans spectacle, sans issue, épaissies par l’alcool. À la manière du film Dupont Lajoie d’Yves Boisset, Un Arabe dépeint sans ciller le mélange de violence et de honte dans la tête du français moyen un jour de ratonnade. Sec comme un coup de trique, bam bam bam, ça tabasse : « le réel est trop fort ».


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