Marie Hapax
Délivrance
Ayant grandi dans une famille dysfonctionnelle où l’humiliation tient lieu de religion, Marie Hapax se délivre de la maltraitance dans un premier roman thérapeutique.
Complexée par son tour de taille et des fesses qui la font ressembler «à une bouteille de Perrier», Marie a eu besoin de temps pour accepter sa féminité. Si la maman d’une trentaine d’années se sent toujours épuisée aujourd’hui par le regard des autres, c’est parce que les remarques vexatoires endurées depuis l’enfance poursuivent leur travail de sape. Comme sa mère avant elle, Marie a du se construire au sein d’une famille «dysfonctionnelle» où l’humiliation fait figure de religion.
Ninon, maman solaire et «pas banale», est allergique aux vêtements. «Enfant, ta galerie des portraits maison est une succession de loches, de pétards, de fentes, de clitoris, de verges et de roubignolles.» Sous sa bonhomie méridionale, le père Marius peut vriller à tout moment. Quant à la belle-mère acariâtre, elle se spécialise dans la maltraitance. Du côté des grands-parents, ce n’est guère plus reluisant. Papi Merlin l’enferme à la cave pour l’endurcir, Mamie Claudine lui rationne ses tartines car elle est devenue «plus large que longue! » Quant aux penchants de Tonton Roger pour le corps des petites filles, les femmes en sourient: «Quel sacré personnage!»
Dans un récit thérapeutique qui la confronte à une vérité enfouie, Marie Hapax règle ses comptes pour se remettre d’équerre. Dévidant la bobine d’une enfance et d’une adolescence dont les bons souvenirs sont absents, le retour sur image fait l’effet d’une bombe. «Remplie à ras bord de loyautés familiales», l’autrice prend la mesure du travail de recul nécessaire pour admettre la toxicité d’un clan où «dévaloriser les autres, c’est se grandir soi-même».
Grâce à l’entame d’une psychothérapie, de lectures éclairantes (Dolto, Susan Forward, Marie Lion-Julin) et le soutien d’un mari aimant, la primo-romancière dénouera progressivement les noeuds et clamera son besoin d’émancipation. Marquer son désaccord n’est pas facile: débute une guerre d’usure contre une mère possessive enfermée dans le déni, bercée par la question lancinante – comment être mère après ça? Si le style est encore fragile, ce récit d’émancipation aux allures de combat saura donner nombre d’outils utiles pour armer les victimes de maltraitance.


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