Jérôme Aumont
Laisse aller… c’est une valse!
Avec le délicat La plus que lente, Jérôme Aumont brosse quatre étés de la vie d’un homme faisant l’expérience de la difficulté d’être à soi.
À 12 ans, Nicolas pourrait jouer les 400 coups, mais il demeure empêché par son âge où tout lui est interdit d’avance. Pas le plus dégourdi, le jeune adolescent aspire à appartenir à quelque chose, une famille… Sa mère semble toujours absente dans ses pensées, son père échoue à lui transmettre le fiel de l’envie. La discrétion du garçon l’empêche encore de se formaliser au sujet de cette solitude qui l’étreint, de sa différence.
Cet été, la main de Marc dans la sienne, le silence posé sur leur bouche, lui intime qu’il lui faudra épouser ses premiers mensonges d’adulte. «On ne s’étreint pas en vain. (…) Le Seigneur ne tolère pas ces simagrées.» Les vacances dans le village de sa grand-mère constitueront une échappée. Surtout chez Zazie, senior coquette et originale chez qui les émotions ne sont pas proscrites. Nicolas boit ses paroles et son chocolat chaud, le meilleur du monde.
Jérôme Aumont (Un empêchement) orchestre une valse à quatre temps pour dire combien on aime soudain tout ce qui nous échappe. On retrouve son personnage à 24, 38 puis 54 ans. Nicolas termine sa maîtrise de lettres, devient enseignant, vit avec Christian. Demeure toujours en lui ce petit garçon inquiet, prêt à être démasqué.
Épluchant à l’économe le paysage de l’enfance, ses cachettes, ses replis, Aumont enregistre les menues jalousies et les colères ineptes, le son des bouteilles de cidre qui s’entrechoquent, ce téléphone qui soudain pèse des tonnes, les affranchi.es qui savent dire maman devant un parfait étranger. C’est une ode aux mères protectrices, aux mots d’amour empêchés, ravalés dans toute leur immensité. Le prunier ne donne rien cette année? Tant pis. Avec une délicatesse bouleversante, couvant son secret, la fluidité des arabesques de cette valse lente cueille son lecteur en plein coeur.


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