Guillaume Decourt
Largo de nuit
On ne l’aurait pas vu, lors des Jeux Olympiques à domicile, décrochant des médailles? Pardon, de tous les podiums, Guillaume Decourt décochait une ligne, un quatrain avec un air canaille.
A-t-elle jamais paru aussi nécessaire, qu’on boude son refuge, la poésie n’en a cure. Entreprenante mais guère tapageuse, elle ne fait pas sa chouineuse. Capsule temporelle, elle court, virevolte, fait ses longueurs. De fait, Guillaume Decourt voyage, entre savanes et navettes, paresse à vive allure. Le voici de retour avec « Harmonica, etc. » Son théâtre des opérations, «un petit Colorado de grande envergure»: le quotidien du souvenir, les résurgences, le vague-à-l’âme et les valoches. Sur la route, Mitchum dans un motel ou croulant sous les loukoums, Costner dans une Oldsmobile Vista Cruiser, ou à cheval immobile sur «un tropique un fuseau un léger décalage», le champion français est en pleine forme. Prenant impulsion sur son meilleur pied, il atterrit le plus loin possible dans le bac à sable.
Encore quelques côtelettes
Qu’on tient comme un harmonica
Pas de couteau pas de fourchette
D’accord mangeons avec les doigts
De Mayotte à Madagascar, Prague, Tel-Aviv, à ses voûtes, des All Star, ou pieds nus comme Tom Sawyer, sonne l’heure des départs, parfois la nuit, parfois amers, sous la grande horloge, quand on se sent vide. Tournant le planisphère, entre deux strophes, ça vous plante toute une atmosphère. Avec un doigté de Rapetou, forçant le coffre-fort du quotidien – ce mal embouché, ses réacteurs défectueux, l’auteur de Lundi propre festoie avec la langue, le strip-tease de son solfège. La strophe bien gaulée, on y godille sur des ondes bleu de Prusse, marin d’eau douce tapant la discute avec un singe imaginaire qui nous rappelle vaguement quelqu’un et puis l’enfance. Et tout son clapotis.
La serrurerie est un art
Un métier comme on n’en fait plus
Noble exigeant il faut avoir
Le doigté l’oreille absolue
Tasse palestienne, délices de porcelaine, l’élégant jongle avec cet art du décrochage dont il fait haute voltige. Aux zazous officiels, les Katerine, les Quenard, la carte et le territoire, salamalecs et pompompidous. À demi-mot, à l’adresse seule de ses lecteurs, gentleman Decourt s’égare, flâne et fait tomber les dominos. Perchés dans la poésie, sous la conduite d’un tel pilote de ligne, l’odyssée du quotidien pèse moins sur les épaules, suspendus «Nous habitons au-dessus». Rendez-vous devant l’embarcadère.
Alors que nous étions sortis de la case une
Nuit pour regarder le ciel et qu’en contrebas


TaggedGrasset, Roman, Sandro Veronesi, Septembre noir