Livres

Françoise Sagan
Wesh le seum!

1954, Sagan publie son premier roman. 70 ans plus tard, le temps n’a pas de prise sur Bonjour Tristesse, texte élégant aux échanges piqués d’une cruauté suave.

Cécile, 17 ans, accompagne son père et Elsa, dernière conquête en date, pour un séjour dans une ravissante villa dominant la Côte d’Azur. Prenant exemple sur son complice, Don Juan veuf, curieux et vite lassé, l’insouciante cède aux plaisirs d’une vie facile «à la légèreté sans remède». Fuyant les gens de son âge, Cécile s’éprend de Cyril, le pouls battant au rythme des premières fois. Surgit Anne Larsen, amie de la famille droite et raffinée, suscitant chez père et fille une admiration passionnée. «Nous avions tous les éléments d’un drame: un séducteur, une demi-mondaine et une femme de tête.» Le temps d’un été acide, Cécile fera l’apprentissage de la cruauté au travers des complications et des lassitudes de l’amour.

Ils sont peu nombreux les romans dont les premiers mots sont inscrits dans la mémoire collective: «Sur ce sentiment inconnu dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse.» Françoise Sagan a 18 ans lorsqu’elle fait irruption en littérature et rafle le Prix des critiques. Malléable et entêtée, son héroïne loue les amours rapides, violentes et passagères, préférant la compagnie des hommes mûrs: «Idéalement, j’envisageais une vie de bassesse et de turpitudes.» Des reproches de dévergondage ne tardent pas à fuser à l’encontre de l’autrice (notamment au travers d’une tribune de François Mauriac), attisant la curiosité des lecteurs à l’égard du «charmant petit monstre». Et Bonjour Tristesse de devenir le best-seller international que l’on sait. 70 ans plus tard, le temps n’a pas de prise sur la maturité d’un texte aux échanges piqués d’une cruauté suave à la Montherlant. Et de siffler cul sec ce tonic coupé au cyanure, où l’on danse sur les défaillances d’une clarinette avec un sourire éteint de casino. Du dernier chic!

LIVRES / PREMIER ROMAN

Bonjour Tristesse

de Françoise Sagan

Julliard, 176 p.