Livres

Florent Oiseau
Bois-sans-soif

Canaille et bourré de charme, le portrait d’un noctambule alcoolique sur lequel sa femme et sa fille veillent jalousement.

«Je ne sais rien faire sinon traîner.» Entre deux rendez-vous chez Pôle Emploi, le narrateur refourgue du matériel de manucure aux Chinoises rue de Bagnolet en échange d’une petite commission. Son autre deal, c’est celui passé tacitement avec Almeria: «Je bois, elle découche». L’autre femme de sa vie, sa gloire, c’est Lune, petite fille de dix ans entrée en CM2. Quand celle-ci lui annonce qu’il devra l’accompagner pour jouer une fée guérisseuse dans une pièce pour l’école, elle le prévient: pas question de se défiler! Du reste, ça devrait le faire, «assez disponible depuis son licenciement», son théâtre à lui, c’est le comptoir, où il s’abîme en s’inventant des projets. Chaque nuit sans sortir lui donne l’impression de rater un évènement.

Nonchalant, débonnaire, «attachiant », son anti-héros fait tout le sel de ce roman. On lui trouve l’insolence et la superbe du personnage d’Hippo d’Un monde sans pitié, premier film d’Eric Rochant. Un Hippo qui aurait vieilli, pris de la bouteille: 30 ans de soif écoulés entre les canettes de Karlsquell de chez Aldi, le rosé dans la gourde, les spiritueux et le spirituel. «Je suis rapidement ivre, une semaine d’arrêt et il faut tout réapprendre, métier fragile.»

Dans ce portrait aussi rusé que son branleur badin et mélancolique, c’est très half en half, il y a «du cher et du qui pique». La question de l’alcoolisme y est traitée avec sérieux mais jamais en surplomb. Les triomphes y sont modestes, un bon mot, une main sur l’épaule, les personnages secondaires au poil, enfants compris. Ça s’«affonne», sur un rebord de fenêtre, les jambes dans le vide. A la fin, on est tout surpris quand surgissent deux twists coupe-faim. Canaille et bourré de charme. «Quand l’effronterie devient sensualité, c’est gagné».

LIVRES / ROMAN

Ma gloire

de Florent Oiseau

Gallimard, 176 p.

Photo © Francesca Mantovani