Livres

Dominique Pascaud
Palais des glaces

Sur les coulisses de la création littéraire, un roman poupées gigognes rusé et poil à gratter. «Regarde, il a sorti un nouveau roman! »

Un kiosquier se réveille auprès d’une inconnue apparemment folle de lui mais dont il n’a aucun souvenir. «- Alors, quand c’est que tu me lis la suite?» Se peut-il que l’oublieux prosateur ait confié son projet de roman en cours de gestation à une parfaite étrangère? Laquelle, s’installant à demeure, propose de reprendre le texte ensemble. Par la finesse de son analyse, l’ingénieuse effrontée dissèque, reprend, suggère et fait éclore l’esquisse du livre. De quoi ravir l’apprenti romancier… dont l’oeuvre ne trouve hélas pas preneur. 

Découvrant en librairie son manuscrit réécrit sous la plume d’un nouvel auteur louangé et promis au succès, notre homme s’en trouve à la fois flatté, dépité et pris de rage. Mais comment prouver sa bonne foi? Il aurait tout aussi bien pu recopier des passages à posteriori, modifiant le style pour se hausser du col. Conforté dans ses velléités littéraires, notre homme de l’ombre se remet à l’ouvrage: «Si mon texte avait pu servir de modèle, c’est que j’avais en moi du potentiel.»

Débutant sur une trame proche de 37.2 le matin que son collègue au Dilettante Jean Villemin asticoterait en tirant sur le fil de son potentiel fantastique, le Beau poison inoculé par Dominique Pascaud progresse tout en ruses avec plus d’un tour dans son sac. S’il semble d’abord faire profil bas en épousant la magnanimité de son infortuné héros, l’ouvrage ne cesse de monter en puissance sur la question du fétichisme de l’auteur.

Plongeant son candide protagoniste au coeur d’une machination, ce roman en trompe-l’oeil déploie telles des poupées gigognes ses réflexions ambivalentes sur les coulisses de la création. «La réussite était un état qui me laissait perplexe. Plus j’y réfléchissais, plus je pensais que l’art était un échec qui avait trouvé refuge.» Visitant l’arrière-boutique de l’aventure éditoriale, Pascaud prend un malin plaisir à tourner en bourrique les us secrets, mystifications et autres jeux de dupe de la nébuleuse littéraire (plagiat, nègre, accueil public et critique). Cette parution en plein casse-pipe de la rentrée relève celle-ci d’une pointe de wasabi fort à propos. «Je m’étais fait à une certaine fatalité. Chacun était à sa place.»

LIVRES / ROMAN

Un beau poison

de Dominique Pascaud

Le Dilettante, 192 p.

Photo: © DR/Le Dilettante