Bruno Marsan
L’oeil du tigre
De Bilhoos (bourg béarnais) à Balboa, Bruno Marsan se révèle comme Stallone au travers de la figure du bum (tocard). On ne l’a pas vu venir mais l’outsider avoine sévère et envoie la ronronnante littérature dans les cordes. Accrochez vos ceintures!
Enfant sauvage élevé par sa grand-mère «la biélhe broutche» («vieille sorcière»), Richard Moreira quitte sa «vie de singe» dans un hameau du Béarn pour gagner le collège. Descendu parmi les hommes en plein «black-blanc-beur», la découverte de Rocky signe une révélation. Se reconnaissant dans la figure de l’outsider qui rompt son isolement pour montrer de quoi il est capable, l’étalon italien devient son modèle. Sa chance se manifeste en la personne de Simon Saada, homme d’affaires Libanais ayant fait fortune avec ses boulangeries sur toute la côte Est des États-Unis. Signant un pacte faustien avec le mentor sans scrupule, «Richie» se voit confier la réorganisation des bakeries du groupe Saada. Depuis New York, il soumettra le client à la place de l’employé pour asservir le domestique qui sommeille en chaque Occidental. «Il avait réveillé le salaud en moi.»
Prenant la figure de Rocky comme véhicule de l’itinéraire de son héros, Bruno Marsan signe une ode aux «bums» (tocard, bon à rien), mantra du premier film de Stallone, 29 ans et au fond du trou lorsqu’il écrit en trois jours et trois nuits le rôle qui lui sauve la vie. Ainsi, durant quatre rounds, Marsan déroule en parallèle la biographie de Sylvester (un poil trop) et l’itinéraire d’un chien de la casse déboulant dans le jeu de quilles de l’ultra libéralisme.
Oubliez les chewing-gums sans goût!
Le nez au cul de la littérature, dans ses bas quartiers, où ça sent fort, le primo-romancier de 60 balais croque comme personne les «petits emplois pérennes»: aide-soignant dans un asile, éboueur à l’arrière du camion-poubelle, monteur d’arènes pour jeux taurins au milieu des gitans… Avant de cogner comme un sourd sur les quartiers de bidoche de la mutation anthropologique en cours: cynisme du commerce, règne des minorités et cyclone moralisateur du 21e siècle où «tout était maman, tout était bisou, tout était bébé». On ne l’avait pas pu venir, on regarde l’underdog grimper les Rocky steps quatre à quatre, lever les poings et défier la ronronnante littérature. «Les seuls écrivains vivifiants étaient les sans-espoirs, les saturniens, les neurasthéniques». Pour sûr, l’outsider tient la distance. Maintenant, gagne!


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