Livres

Bergthóra Snæbjörnsdóttir
Le poids de l’infortune

L’Islandaise Bergthóra Snæbjörnsdóttir piège ses lecteurs dans un fascinant thriller psychologique sur les mécaniques de l’emprise au sein des thérapies hollistiques. Holly shit!

Fin des années 80. Verónika grandit au sein de l’une des plus riches familles d’Islande. Sonny et Cher reykjavikois plastronnant régulièrement en une des tabloïds, les Levine firent fortune en ouvrant la plus grande salle de fitness du pays. Halldóra prophétise les bienfaits de l’aérobic à la télé: «Le gras vous fuit, mesdames!»; Hákon, gorille en cuissard, règne sur la salle de musculation. Fillette turbulente et colérique, Verónika n’en perd pas une miette. Puis, comme Maman n’en démord pas – «Tu as un appétit d’ogre, ma chérie. Tu te sentirais bien mieux si tu maigrissais», l’adolescente entame son premier régime à base de milkshakes protéinés.

A 40 ans, Verónika hérite de l’empire familial. Entre deux tentatives de suicide et crises de boulimie, elle fait la connaissance de Prince. Depuis son centre de retraite thérapeutique de Tenerife, le nabab du complément alimentaire invite ses ouailles à se détacher du stress en jeûnant seize heures par jour. Une formule garantie pour accéder à un niveau de conscience supérieur. Se peut-il que Veronika entrevoie enfin la lumière?

Bergthóra Snæbjörnsdóttir n’a pas son pareil pour plonger dans le monde de l’enfance. Franc-parler et caractère bien trempé, sa Verónika, à l’instar du Holden Caufield de L’Attrape-Coeurs (J.D. Salinger), en impose en anti-héroïne rebelle qu’on n’oublie pas. Vue par les yeux de la fillette, la vie détraquée des parents toxiques se transforme en aventures des Trois mousquetaires. Déployant les rouages pernicieux de la violence psychologique, l’autrice touche aussi juste en décrivant comment l’adolescente accepte de jouer les victimes consentantes pour devenir la meilleure amie d’Eva «Miss Monde», starlette du lycée. 

Rythmé par une musique canaille, le livre ensorcèle et bouscule à la fois, tel un pickpocket pratiquant le détournement d’attention: bientôt, le rire vire jaune, le récit sous tension prend à la gorge, vire au thriller azimuté et distille un malaise suffocant lorsqu’il aborde la spirale des dérives sectaires. Elu meilleur livre de l’année par les libraires islandais, un roman inconfortable et hypnotique sur les mécaniques de l’emprise, le culte du corps et les thérapies hollistiques.

LIVRES / ROMAN

La Congrégation des magnifiques

de Bergthóra Snæbjörnsdóttir, Traduit de l’islandais par Hadrien Chalard

Grasset, 480 p.

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