Alexandre Guy
La souris déglinguée
Une saisissante auscultation de la colère froide au sein de la souricière asphyxiante du burn-out. «Ça va aller monsieur, on va surveiller tout ça.»
Oncologue réputé, le narrateur passe la moitié de son temps à l’hôpital, l’autre dans un prestigieux laboratoire de biologie. Gangréné par une lancinante lassitude, constatant une baisse de motivation et d’implication, le médecin trop sage pensait se sortir de l’impasse d’un léger surmenage en allant «faire le chercheur.» Habitué à côtoyer les abysses où chancèlent ses patients, ce qui l’attend dans les cercles concentriques de la hiérarchie expérimentale l’aspire inexorablement dans les bas-fonds de la science.
Aux absences des étudiants dissipés lors des visites en chambre succèdent les coups bas de collègues frustrés jalousant son statut de médecin. «Dans les cages, les souris se sautaient dessus.» Du reste, ses recherches sur la leucémie aiguë ne rencontrent, au mieux, qu’un intérêt poli… De dérèglements en incidents, les rouages se grippent et des erreurs inhabituelles surviennent: «Il est toujours difficile de dater avec exactitude le début de la chute.»
Plongeant une vie professionnelle bien rongée dans l’azote liquide, Alexandre Guy décolle l’épiderme de journées qui se répètent inlassablement, dissèque le surfeur en pleine forme qui se vide de quatre litres de sang cinq jours plus tard après une greffe de moelle, incise le vernis social des dîners entre amis et le dimanche au golf «pour s’occuper l’esprit»: «Oui, Biarritz, pourquoi pas… Qui veut un digestif?» Pendant ce temps, pour apaiser l’anxiété de souris qui couinent par milliers dans leur cage, on diffuse en permanence un fond de musique pop: «Fourmillements, frottements, chuintements, Shakira. Feulements, brouhaha étouffé au fond de la pièce, Eminem.»

LIVRES / PREMIER ROMAN
Une vie bien rongée
d’Alexandre Guy
Le Dilettante, 160p

TaggedAndréa Bajani, Gallimard, L'anniversaire, Roman