W.C. Heinz
Le noble art et la manière

“Chaque personne passe sa vie à se battre, peu importe son métier. Les gens qui l’entourent peuvent chercher à comprendre, mais au fond, ils ne sont que spectateurs.” Comme un boxeur travaille son allonge, avec The Professional (Ce que cela coûte), W.C. Heinz file le train d’un champion (pas si) moyen.

Le journaliste Frank Hughes se rend chez Eddie Brown afin d’écrire un article racontant comment un boxeur se prépare pour le titre de champion du monde des poids moyens. Entraînements, repas, conversations, Frank va coller aux basques du challenger, soupeser ce qu’il vit et ressent. Parce qu’un combat se gagne sur la route et dans la salle, il y a la place déterminante de l’entourage, aux petits soins pour ce fils de plâtrier d’origine allemande, au premier rang duquel trône et bougonne Le Doc, un génie d’entraîneur. “Eddie Brown était le boxeur que Doc Carroll aurait voulu être. À cette union, l’un avait apporté sa jeunesse et ses forces, et l’autre, ses années d’expériences et son génie (…)”

Dans un New York révolu, on est avec eux, sur leur territoire, dans le vestiaire, à la colle sur le ruban des jours lourds de concentration. Il y a le noble art et la manière. Chroniqueur, correspondant de guerre et journaliste sportif, Wilfred Charles Heinz carbure à l’authentique. Comme un boxeur travaille son allonge, avec un sens de la tchatche, du vivant qui circule, Heinz signe un bouquin “viril sur l’homme”, qui est aussi un plaidoyer pour le grand reportage. Du reste, l’auteur éduque son sparring-partner, travaillant son lecteur à coups de dialogues comme autant de jabs. Paru en 1958, The Professionnal, se joue tout en contact, érige son héraut en porte-drapeau. “Ce n’est qu’un boxeur, mais il se bat contre toute la camelote qu’on nous vend à la télé, dans les librairies, dans nos journaux et nos magazines, et partout ailleurs. Vous êtes conscients de ça, n’est-ce pas?” À la fin du livre, d’aucuns, sonnés pour le compte, auront le regard qui se trouble. “Reprise”, dit quelqu’un.

Ce-que-cela-coute coverW.C. HEINZ, CE QUE CELA COÛTE (THE PROFESSIONAL), TRADUIT DE L’ANGLAIS (ÉTATS-UNIS) PAR EMMANUELLE ET PHILIPPE ARONSON, MONSIEUR TOUSSAINT L’OUVERTURE, 352 PAGES.

Monsieur Toussaint Louverture