Sylvain Prudhomme
Le fugitif

Pour respirer, changer d’air, il y a les livres de Sylvain Prudhomme. Croisant les récits, l’écrivain façonne une oeuvre consacrée au grand large des utopies. Où la fiction voisine avec le reportage, où le réel se confronte aux fantasmes, à l’envie impérieuse de croire, notamment aux rencontres.

Sacha quitte Paris pour entamer une nouvelle vie dans une petite ville du sud-est de la France. Sans avoir pensé à lui, il retrouve l’autostoppeur, celui à qui il avait demandé bien des années plus tôt de sortir de sa vie. Amoureux, installé, devenu père, il a coulé de l’eau sous les ponts, hein! Pourtant, les choses n’ont pas tellement changé. L’autostoppeur disparait durant plusieurs jours pour aller à la rencontre de ceux qui veulent bien s’arrêter. “Je dis la vérité aux automobilistes : qu’en réalité je me fiche un peu d’arriver où que ce soit. (…) Que je suis surtout venu les voir eux.”  Nous sommes les autostoppeurs des écrivains et Prudhomme nous embarque sans nous poser de questions. On l’envie pour cette “nature globalement disposée au bonheur”, nous rappelant sans cesse à l’exigence de vivre, dans la solitude et ses moments de joie. La prise de distance, être à soi pour être au monde, on vient pour en croquer, de son plein gré. Et Par les routes rejoint prestement la famille de ses livres attrape-coeur où l’on note, enregistre, grapille avec la force de l’amitié et du désir, tous les endroits qu’il nous fait, qu’il nous faut (re)découvrir. Parce que la vie n’attend pas. Ce sont les autres livres qui nous laissent la même impression d’un bitume dur, impersonnel, extraordinairement rigide sous les semelles, leurs sandwichs plastique thon mayonnaise. “Il a répété on n’est pas bien. Putain on n’est pas bien. On est bien, j’ai concédé.” Allez, que ta nouvelle vie n’attende pas.

On dirait le sud

“Une nuit de novembre, le Furtif prit le large.” En cavale, le voilier gagne un groupe d’îlots volcaniques de l’Atlantique sud, où six équipiers auraient mis pied à terre. Botaniste, anarchitecte, artistes, les fugitifs mettent les voiles en quête d’un nouveau départ. En marge du monde, dix années passèrent… Lorsqu’un après-midi, sur les côtes namibiennes, surgit une découverte inhabituelle, un objet non identifié… On n’en dira pas moins de cette novella parue en 2010 chez Burozoïque et que L’Arbalète réédite : le réel s’y confronte aux fantasmes, à l’envie impérieuse de croire. À deux ou trois ombres de rochers, à un souvenir d’horizon, l‘écriture enregistre le passage des jours, jardin zen de pure sensation, caresse l’épure du haïku. Mais ce n’est pas tout! Profitant du cocon du livre, propice aux révélations, Prudhomme se joue des focales, interroge la dichotomie entre rallier et railler : la glose des thuriféraires de la geste critique, l’obsession du spectaculaire, les amnésies de l’époque. “On peut rester à jamais, dans le souvenir des marins, disparu.” Seule certitude : au coeur des eaux internationales de la littérature, en pleins préparatifs de son voyage d’écrivain au souffle singulier (cf. le remarquable Légende), Sylvain Prudhomme filait déjà droit. “Un vent d’enthousiasme se leva.”

Par les routes coverPAR LES ROUTES, SYLVAIN PRUDHOMME, L’ARBALÈTE GALLIMARD, 304 PAGES.
L’AFFAIRE FURTIF, SYLVAIN PRUDHOMME, L’ARBALÈTE GALLIMARD, 128 PAGES.
© FRANCESCA MANTOVANI.

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