Mendelson
Premier de cordée

Alpiniste contre la ligne de fond dormante, sous l’éboulis, les décombres enfouis, Mendelson assure les meilleures prises du rock en français. Et souhaite bonne chance à tout le monde.

Tu prends le clic-clac ou le matelas gonflable ? Dans la vie, les choix remplissent le barillet puis on joue à la roulette russe comme Christopher Walken dans The Deer Hunter. « Et si je pouvais tout refaire, je choisirais d’être le même mais je ne referais peut-être pas tout pareil. » (Tout refaire). Seuls au sommet pose les bonnes questions au travers de l’accident des mots. Se coltinant le réel comme on se prend un mur, Mendelson au travers de la plume de Pascal Bouaziz, demeure d’une impressionnante porosité sociale, cambriole les boîtes noires de l’esprit, chipote sur des mécanismes d’horlogerie, des balanciers humains. Derrière, le groupe gronde, feule. « Nous ne sommes pas préparés ? » Voire! Ausculter ses promesses, fourrager dans le non-dit pour se sentir vivant, ça donne Ce n’est plus la peine, chanson de rupture coagulée avec les mots de la rupture : une plaie, un stigmate.

« Un jour c’était l’enfer, un jour t’étais juste. (…) j’aurais pu être heureux avec toi ok c’est bon tout le monde sait bien qu’on est pas là pour ça. (…) je ne voudrais même pas reconnaître qu’on se connaissait, c’est fini, c’est passé, j’ai plus l’âge, je ne me souviens même plus de ton visage, je ne voudrais même plus boire un café avec toi, je ne tiens pas à connaître ton histoire, j’ai plus la force, plus le courage, j’ai du changer, je ne suis plus le même, dis toi que j’ai pris un long, un grand virage, je ne me souviens même plus de ton visage. »

Mais cet album déploie aussi, inattendues entre les coups de grisou, de sérieuses décharges de groove – La vie est pleine de surprises, jubilatoire ouverture en contrepoint. Les chansons cinglantes de Mendelson résonnent comme les « putains » d’Hyppolite Girardot dans Un monde sans pitié, pansent un village d’Ardèche qui suinte, incendient des climax en Scope, bientôt le Mexique. Filme Mendelson, filme, terrasse-moi, je suis ton rocher, « Qu’est-ce que tu veux de plus ? » On peut aussi dormir par terre en chien de fusil et puis le coup qui part tout seul. Franc du collier, du rock en français qui assume. Formidable.

Mendelson Seuls au sommet coverMENDELSON, SEULS AU SOMMET, LABEL REC-SON, 2003. (Reboot d’une chronique parue dans RifRaf, novembre 2003)

Site officiel du groupe

Mendelson – La vie est pleine de surprises – LA BOULE NOIRE – OCTOBRE 2003 – Quand nos vies n’étaient pas en HD.