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Philippe B. Grimbert
Vent debout

Le nouveau Philippe B. Grimbert se met au vert le temps d’un roman noir enraciné et un peu braque. Rudement bien tourné.

À l’aube de la cinquantaine, Alexandre Wisnievsky quitte Paris pour s’installer dans une longère à Saint-Aman. Fanny, sa compagne, ne le rejoint que les week-ends. Vivant d’une rente modeste, guettant l’inspiration, l’écrivain stérile rumine ses aigreurs. Parmi celles-ci : la mutation du parc naturel du Morvan en scieries géantes destinées à pourvoir la Chine, mais surtout la pousse intempestive d’éoliennes défigurant le paysage. Lors d’une réunion du collectif Vent de Colère, Alexandre fait la connaissance de Kevin Frappier, teigneux maître-chien aux gueulantes pousse-au-crime. Rapidement, les compères fomentent d’abattre une éolienne. Quand la mafia tchétchène s’en mêle, l’histoire prend une tournure tragique… 

Sous une allure faussement dilettante, soufflant le chaud et le froid, ce roman noir surprend par son côté fureteur. D’un côté les retrouvailles avec l’humour désenchanté de Philippe B. Grimbert (Panne de secteur, 39,4), son sens du croquis. Ainsi, lorsque le héros monte un désarçonnant franche-montagnes, la scène rappelle les chevauchées improbables de Rochefort chez Yves Robert (Un éléphant ça trompe énormément). De l’autre, suspense et effroi saignent la tourbière. Entre terreau écologiste et émancipation queer (via un personnage de femboy), hémoglobine et personnages rustiques « tombés dans le blanc-cassis », « il se passe beaucoup de choses en ce moment à Saint-Aman ». Sur la duplicité de la condition humaine, l’irruption du mal, la responsabilité de la vie en société, c’est le fracas d’une réalité grinçante qui recouvre les basses oeuvres et gesticulations puériles des hommes.

QUI SÈME LE VENT, PHILIPPE B. GRIMBERT, LE DILETTANTE, 288 PAGES.