Christos Tsiolkas
Et la tendresse, bordel!

Après avoir retourné quelques baffes avec La Gifle ou Barracuda, Christos Tsiolkas, enfant terrible des lettres australiennes, défouraille une quinzaine de nouvelles où l’époque (ses moeurs, ses oeillères) en prend pour son grade. Quitte à voir 36 chandelles.

“Je donne un coup de pied dans la porte et il a pas le temps. Un coup de boule, je le cogne si fort avec le front que ça fait le bruit d’une belle cloche orthodoxe dans les montagnes.” Avec détermination et bravoure, sans fard et sans filtre, Christos Tsiolkas monte sur le ring… En quinze nouvelles âpres, quinze nouvelles affres où les frustrations, le repli sur soi, la colère et la honte se font pendre haut et court, l’écrivain australien d’origine grecque multiplie les pains. Affûtée, la plume de Tsiolkas tranche dans les idées reçues, tord le cou aux inégalités sociales, étrangle le conditionnement des comportements (poids de la famille, immigration, sexualité), ce gibier de potence. En toile de fond, ces mégalopoles australiennes et européennes où l’on sent couver la haine, le racisme, la frustration, et la violence. Provoquant le lecteur, Tsolkias le force à s’interroger sur ce monde occidental décadent, chaotique, dans lequel nous avançons, quoi qu’il en coûte, tels des dieux sans pitié.

Parfois brutal sur la forme, Tsiolkas est aussi ce sentimental contrarié, sachant prendre d‘autres gants, plus doux, à l’affût des mots et gestes qui pourraient venir panser l’inconfort de ses personnages. Dans ces nouvelles au ton juste, où les fins de récits montent au ciel, “les femmes ont goût de nectar, les hommes, un goût d’agrume”. Même si c’est chacun pour soi, qu’on le veuille ou non : “Pourquoi les gens nous déçoivent-ils toujours un jour ou l’autre?” Serait-ce ça la vie? Des gens qui s’éloignent et qui s’aiment malgré tout, à l’instar de cette mère perturbée de voir son fils devenir un homme; de ce jeune homosexuel venu avec son compagnon au chevet de son père mourant, atteint du sida; comme ce fils qui lave les fesses de son père, malade d’Alzheimer… La came, le porno, les mots déplacés, Tsiolkas se coltine toutes les mauvaises passes. “Excuse-moi, mate, il a dit d’une voix très triste. Tu vas avoir un bleu. Je t’ai fait un oeil au beurre noir.” Aux lecteurs avertis (tu vas pas faire la chochotte parce qu’un auteur en pleine bourre te retourne le cerveau), un seul conseil : foncez! Ces textes, mate, quel voyage. Putain de livre!

DES DIEUX SANS PITIÉ, DE CHRISTOS TSIOLKAS, TRADUIT DE L’ANGLAIS PAR JEAN-LUC PININGRE, ÉDITIONS BELFOND, 290 PAGES. PHOTO © SIMON SCHLUTER (REBOOT D’UNE CHRONIQUE PARUE DANS FOCUS/VIF, JUIN 2017).

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